De Srila Baladeva Vidyabhusana
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Sûtra 3
sastra-yonitvat
sastra – les Textes védiques; yonitvat – Il est la source de la révélation.
“Le Brahman ne peut être connue que par la révélation des Textes védiques.”
Commentaire de Srila Baladeva Vidyabhusana
Dans ce sûtra, le mot « nit » doit être pris en compte, même s’il n’est pas exprimé. Ceux qui aspirent à la libération ne peuvent connaître Dieu, la Personne Suprême simplement par la logique et la spéculation. Pourquoi? Parce qu’Il n’est connu que par la révélation des Textes védiques. Parmi les Écrits védiques, les Upanisads décrivent tout particulièrement la Personne Suprême. C’est pourquoi il est dit aupanisadam purusam (la Personne Suprême ne peut être connue qu’à travers la révélation des Upanisads). La voie de la logique et de la spéculation, traduit par le mot mantavya (être connu par la logique), tel qu’expliqué dans la Brhad-aranyaka Upanisad (4.5) devrait être utilisé pour comprendre la révélation des Écritures et non indépendamment. C’est ce que confirme la déclaration suivante tirée du sruti-sastra :
purvapara-virodhena ko ‘rtho ‘trabhimato bhavet ity adyam uhanam tarkah suska-tarkam vivarjayet
“La logique est correctement utilisée pour résoudre les contradictions apparentes dans les textes des Védas. La logique pure, sans référence à la révélation scripturaire, doit être abandonnée.”
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C’est pourquoi la logique pure de Gautama et des autres doit être rejetée. C’est ce que confirme également le sûtra 2.1.11.
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Après avoir réalisé la Personne Suprême par l’étude des Upanisads, on doit s’absorber dans une méditation profonde sur Lui. Ceci sera expliqué plus tard au sûtra 2.1.27.
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Le Seigneur Suprême, Hari, est identique à Sa propre forme transcendantale. Lui et Sa forme ne sont pas deux identités distinctes. Il est le témoin de toutes les entités vivantes, le réservoir d’une foule d’attributs spirituels, le créateur des univers matériels, et est éternellement immuable. En entendant parler de Ses gloires transcendantales, on peut L’adorer parfaitement.
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À ce stade-ci, quelqu’un pourrait soulever l’objection suivante: La philosophie du Védanta ne donne ni ordres positifs ni interdictions négatives, mais simplement des descriptions, comme dans la phrase:
“Sur la terre, il y a sept continents.”
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Les hommes ont besoin d’instructions sur la manière d’agir. Aussi, ce qu’il faut, c’est une série d’instructions pour les guider, comme ‘Celui qui désire la richesse doit s’adresser au roi’, ou ‘Celui qui souffre d’indigestion doit limiter sa consommation d’eau’, ou encore les injonctions scripturaires des Védas: svarga-kamo yajeta (Celui qui désire atteindre les planètes matérielles célestes doit adorer les dévas), ou suram na pibet (Personne ne doit consommer des boissons enivrantes). Les Upanisads ne nous donnent pas une série de prescriptions et d’interdictions, mais simplement une description du Brahman éternellement parfait. Par exemple, les Upanisads expliquent satyam jnanam (Dieu, la Personne Suprême, est vérité et connaissance). Cela n’est pas d’une grande aide en ce qui concerne les prescriptions et les interdictions. Parfois, les descriptions des Upanisads peuvent être utiles, comme lorsqu’elles décrivent un certain déva et la façon d’accomplir un sacrifice en son honneur, mais autrement, ces descriptions nous offrent peu d’avantages pratiques, et sont plus ou moins inutiles.
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Les déclarations suivantes du sage Jaimini Muni, le confirment:
amnayasya kriyarthatvad anarthakhyam atad-arthanam
“Les Écritures nous enseignent les devoirs de piété. Tout passage scripturaire qui ne nous enseigne pas notre devoir est une perte insensée de temps.” – Purva–mimamsa 1.2.1
tad-bhutanam kriyarthena samamnayo ‘rthasya tan–nimittatvat
“De même qu’un verbe donne un sens à une phrase, les instructions sur la façon d’agir en ce monde donnent un sens aux énoncés des Écritures.” – Purva–mimamsa 1.1.25
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À cette objection, je réponds: Ne soyez pas troublé. Même si les Upanisads ne nous donnent pas une série de prescriptions et d’interdictions, elles nous enseignent néanmoins le Brahman Suprême, l’objet le plus important et le plus précieux à atteindre pour tout être vivant. L’exemple suivant illustre ce principe. Si un trésor caché se trouvait dans votre maison et qu’on vous décrivait son emplacement, ces paroles ne seraient pas inutiles simplement parce qu’il s’agit d’une description. De même, la description que font les Upanisads de Dieu, la Personne Suprême, qui est le plus grand trésor que tout être vivant puisse atteindre, dont la forme est éternelle, pleine de connaissance et de félicité, qui est parfaite et au-delà de toute critique, qui est l’amie de toutes les entités vivantes, le Seigneur Suprême, si généreux, qu’Il Se donne à Ses dévots, et le Tout Suprême de toute existence, dont je ne suis qu’une infime partie, n’est pas inutile, mais d’une grande valeur pour l’âme conditionnée. Les descriptions du Brahman Suprême, énoncées dans les Upanisads, sont précieuses, tout comme la description ‘ton fils est né’ est utile et source de grande joie, et la description ‘ce n’est pas un serpent, mais une corde partiellement vue dans l’obscurité’ est également utile et procure un soulagement face à notre peur.
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Les avantages spécifiques obtenus par la connaissance du Brahman Suprême sont décrits dans la déclaration suivante tirée du Taittiriya Upanisad (2.1):
satyam jnanam anantam brahma yo veda nihitam guhayam so ‘snute sarvan kaman
“Quiconque connaît Brahman, qui est Vérité, Connaissance et Infinité, qui réside dans le cœur de chacun, jouit simultanément de toutes choses désirables.”
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Personne ne peut dire que les Upanisads enseignent l’action intéressée ordinaire (karma). On peut plutôt dire que les Upanisads enseignent à renoncer à toute activité matérielle intéressée. Personne ne peut dire que les Upanisads décrivent autre chose que Dieu, la Personne Suprême, le créateur, le soutien et le destructeur originel de tous les univers, dont la forme spirituelle est éternelle, semblable à un immense océan d’attributs spirituels de bons augures illimités et qui est le refuge de la déesse de la fortune. La description par Jaimini de l’importance du karma n’a donc aucun rapport avec les Upanisads. En fait, Jaimini était un fidèle dévot du Seigneur, et ses critiques apparentes (dans les deux citations présentées ci-dessus) des Textes védiques qui n’encouragent pas l’action intéressée (karma) avec suffisamment d’enthousiasme, sont l’indication qu’il y a plus que les actes de piété contenus dans les instructions des Védas. Ainsi, peut-on comprendre que le Brahman Suprême est le sujet décrit dans les Écrits védiques.
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Adhikarana 4
Ceci est corroboré par les Textes védiques
- 1. (Déclaration): Dieu, la Personne Suprême, est décrit dans toute la littérature védique, ce que confirment les citations scripturaires suivantes:
yo ‘su sarvair vedair giyate
“Dieu, la Personne Suprême est glorifié par tous les Védas.”- Gopala–tapani Upanisad
sarve veda yat-padam amananti
“Tous les Védas décrivent les pieds pareils-au-lotus de Dieu, la Personne Suprême.” –Katha Upanisad 1.2.15
- 2. Samsaya (le doute): Le Seigneur Visnu est le sujet décrit dans tous les Védas. Cette affirmation est-elle vraie ou fausse ?
- 3. Purvapaksa (l’argument de notre adversaire philosophique): N’est-il pas vrai que les Védas n’enseignent que ce qui a trait à Dieu, la Personne Suprême? En fait, les Védas décrivent principalement divers sacrifices de type karma–kanda, tels que le sacrifice du kariri-yajna pour faire tomber la pluie, le putra-kamyesti-yajna pour obtenir un fils, ou le jyotistoma-yajna pour voyager vers les planètes matérielles célestes (Svargaloka). C’est pourquoi on ne peut pas dire que seul le Seigneur Visnu est le sujet abordé dans les Védas.
- 4. Siddhanta (l’argumentation conclusive): Vyasadeva répond à ces objections dans le prochain sûtra …