LES BRAHMA-SÛTRAS (1.1.2)


De Srila Baladeva Vidyabhusana

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Sûtra 2
janmady asya yatah

janma – naissance; adi – à commencer par; asya – de cela; yatah – de qui.

“Le Brahman est la Source de qui tout émane.”

Commentaire de Srila Baladeva Vidyabhusana

Le mot janmadi est un tadgunasamvijnanabahuvrihisamasa, une combinaison de mots composés substantifs,  et doit être interprété comme signifiant “création, maintien et destruction”. Le mot asya signifie “de cet univers matériel composé de quatorze systèmes planétaires, habité par diverses créatures, depuis le déva Brahma jusqu’au plus petit brin d’herbe immobile, qui jouissent et souffrent du fruit de leurs diverses actions intéressées (karma), et qui ne peuvent pas comprendre la structure étonnante de l’univers dans lequel elles vivent”. Le mot yatah “de qui”, se rapporte au Brahman Suprême qui a manifesté l’univers à partir de Son inconcevable puissance, et sur lequel il faut s’enquérir.

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Les mots bhuma et atma signifient tous deux “omniprésent” et désignent principalement Dieu, la Personne Suprême. Ceci sera expliqué en détail dans le Bhumadhikarana (1.3.7) et le Vakyanvayadhikarana (1.4.19). Le mot “Brahman” signifie “Celui qui possède des attributs exaltés sans limites”. Brahman se rapporte donc à Dieu, la Personne Suprême, ce que confirme clairement les paroles suivantes tirées du srutisastra:

atha kasmad ucyate brahmeti brhanto by asmin gunah

“De qui cet univers s’est-il manifesté? De Brahman, qui possède une abondance d’attributs spirituels sublimes.”

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Brahman désigne en premier lieu Dieu, la Personne Suprême, et seulement en second lieu les âmes spirituelles individuelles qui manifestent, dans une moindre mesure, les qualités spirituelles du Seigneur Suprême. Ainsi, les âmes spirituelles individuelles peuvent être appelées Brahman, tout comme le titre royal peut être adressé non seulement au roi, mais aussi à ses proches collaborateurs et à ses subordonnés. C’est pourquoi, les âmes spirituelles individuelles, qui souffrent des trois formes de misère de l’existence matérielle, devraient, afin d’atteindre la libération ultime, s’enquérir du Brahman Suprême, qui est très miséricordieux envers ceux qui prennent refuge en Lui. Pour ces raisons, il faut comprendre que le Brahman Suprême, la Personne Divine, est l’objet de la recherche dans ce Védantasûtra. Il ne s’agit pas d’une description imaginaire des attributs de Brahman, mais de la vérité sur Brahman.

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Le mot jijnasa signifie “le désir de connaître”. La connaissance est de deux sortes:

1.   Paroksa (connaissance recueillie à partir de sources autres que les sens, par exemple la logique, la connaissance obtenue de l’autorité, etc.

2.   Aparoksa (connaissances acquises par les sens).

Un exemple de ces deux types de connaissances est donné par la citation suivante du srutisastra:

vijnaya prajnam kurvita

“Après avoir appris à connaître Dieu, la Personne Suprême, parviendra-t-on à Le voir directement dans la transe de la méditation”.

La connaissance paroksa nous aide à nous rapprocher du Brahman Suprême, et la connaissance aparoksa manifeste le Seigneur Suprême devant nous. Si quelqu’un comprend sa véritable identité en tant qu’âme spirituelle, cela l’aidera certainement à comprendre le Brahman, mais cela ne signifie pas que l’âme individuelle est identique au Brahman.

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L’âme spirituelle individuelle est toujours différente du Brahman Suprême, et ce, même après la libération. La différence entre l’âme individuelle et le Brahman est décrite dans les sûtras 1.1.16, 1.1.17, 1.3.5, 1.3.21, et 1.3.41. Les Écrits védiques donnent les directives suivantes pour l’interprétation des passages obscurs:

upakramopasamharav abhyaso ‘purvata-phalam artha-vadopapatti ca lingam tatparya-nirnaye

“L’upakrama (le début), l’upasamhara (la fin), l’abhyasa (la répétition), apurvata (fait d’être sans précédent), phalam (le but général du livre), arthavada (la déclaration de l’auteur sur sa propre intention), et upapatti (la pertinence) sont les facteurs à prendre en compte dans l’interprétation des passages obscurs”.

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Si nous appliquons ces critères à la srutisastra, nous verrons clairement que Dieu, la Personne Suprême et l’âme spirituelle individuelle y sont décrits comme deux entités distinctes. Laissez-nous le soin d’analyser le passage suivant tiré du Svetasvatara Upanisad (4.6-7) à la lumière de ces six critères.

dva suparna sayuja sakhaya samanam vrksam parisasvajate tayor anyah pippalam svadv atty anasnann anyo ‘bhicakasiti

“Deux oiseaux au plumage de toute beauté, amis inséparables, sont perchés sur le même arbre. L’un mange avec délectation les fruits de l’arbre, l’autre ne mange pas et contemple son compagnon.”

samane vrkse puruso nimagno ‘nisaya socati muhyamanah justam yada pasyati anyam isam asya mahimanam iti vita-sokah

“Reposant sur le même arbre, l’âme individuelle se laisse entraîner (dans le courant de la vie) et se sent misérable, assujettie à l’illusion par oubli de sa nature divine. Quand elle aperçoit son co-résident, le Seigneur de toutes choses, à qui tous les fervents rendent grâce, elle réalise que toute grandeur est Sienne, et se trouve dès lors soulagée de toute misère.”

Dans ce passage, l’upakrama (le début) est dva suparna (deux oiseaux); l’upasamhara (la fin) est anyamisam (l’autre personne, qui est Dieu, la Personne Suprême); l’abhyasa (la caractéristique répétée) est le mot anya (l’autre personne), comme dans les phrases tayor anyosnan (l’autre personne ne mange pas) et anyamisam (Il voit l’autre personne, qui est le Seigneur Suprême); l’apurvata (la caractéristique unique) est la différence entre le Seigneur Suprême et l’âme spirituelle individuelle, qui n’aurait jamais pu être connue sans la révélation des Écritures védiques; le phalam (l’objectif général du passage) est vitasokah (l’âme spirituelle individuelle se libère de la souffrance en voyant le Seigneur); l’arthavada (la description de l’intention de la déclaration de l’auteur) est mahimanam eti (celui qui connaît le Seigneur Suprême devient glorieux) et l’upapatti (la pertinence) est anyonasan (l’autre personne, le Seigneur Suprême, ne mange pas les fruits du bonheur et de la détresse matériels).

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En analysant ce passage et autres des Textes védiques, nous pouvons comprendre clairement la différence entre Dieu, la Personne Suprême et l’âme spirituelle individuelle. À ce stade-ci, un opposant pourrait soulever l’objection suivante: N’est-il pas vrai que lorsqu’une Écriture enseigne quelque chose qui n’était pas connu de ses lecteurs, alors elle est utile, et si elle ne fait que répéter ce que les lecteurs savent déjà, elle ne fait que gaspiller du temps inutilement? Les gens en général, pensent qu’ils sont différents du Brahman Suprême, et par conséquent, si les Textes védiques devaient leur enseigner quelque chose de nouveau, ce devraient être que Dieu, la Personne Suprême et les âmes spirituelles individuelles sont identiques. C’est pourquoi il est entendu que les âmes spirituelles individuelles sont identiques à Brahman.

À cette objection, je réponds:

“Ce point de vue n’est pas soutenu par les paroles des Textes védiques.”

Par exemple, la Svetasvatara Upanisad (1.6) déclare:

prthag-atmanam preritam ca matva justas tatas tenamrtatvam eti

“Dès que l’on sait que Dieu, la Personne Suprême, et l’âme spirituelle individuelle sont des entités éternellement distinctes, alors devient-on qualifié pour la libération, et vivre éternellement dans le monde spirituel.”

La conception impersonnaliste de l’identité de l’individu et du Suprême est une fantasmagorie ridicule, comme celle du lapin cornu. Elle est dénuée de toute référence à la réalité, et est rejetée par les gens en général. Les quelques textes des Upanisads qui enseignent la soi-disant doctrine impersonnaliste, sont interprétés de manière personnaliste par l’auteur, Vyasadeva lui-même. Ceci sera examiné plus loin dans le Sûtra 1.1.30.

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Adhikarana 3

Dieu, la Personne Suprême, peut être compris par la révélation des Écritures védiques.

  • 1. Visaya (Déclaration): Dieu, la Personne Suprême est le créateur, le soutien et le destructeur des univers matériels. Parce qu’Il est inconcevable pour les petits cerveaux des âmes conditionnées, Il doit être compris par la révélation de la philosophie du Védanta.

C’est ce que confirme les déclarations suivantes tirées des Upanisads:

sac-cid-ananda-rupaya krsnayaklista-karine namo vedanta-vedyaya gurave buddhi-saksine om namah.

Om Namah! Hommage au Verbe sacré! J’offre obéissance et respect au Seigneur Krishna, dont la forme est éternelle et emplie de Connaissance et de Félicité, le Sauveur de toute infortune, exposé par le Védanta, le Maître spirituel suprême, le Témoin résidant dans le coeur de tous les êtres.” – Gopalatapani Upanisad

tam tv aupanisadam purusam prcchami

“Maintenant c’est moi qui t’interroge sur cette Personne que l’on ne peut connaître que par les Upanisads.”  – Brhadaranyaka Upanisad 3.9.26

  • 2. Samsaya (le doute): Quelle est la meilleure méthode pour comprendre le suprêmement vénérable Seigneur Hari: La spéculation mentale des logiciens, ou la révélation des Écritures du Védanta?
  • 3. Purvapaksa (l’argument contre): Le sage Gautama (Brhadaranyaka Upanisad 4.5) et d’autres soutiennent que Dieu, la Personne Suprême peut être compris par les spéculations des logiciens.
  • 4. Siddhanta (la conclusion): Dans le Védantasûtra, Srila Vyasadeva explique que la révélation scripturaire est le véritable moyen pour comprendre le Brahman Suprême. Il dit: …